Pour discuter des œuvres de Stephen King, des livres autant que de leurs adaptations cinématographiques et cathodiques, voilà l'endroit qu'il vous faut.
Pendant notre temps de pause, j'ai lu Minuit 2. Deux histoires terrifiantes qui vous feront réfléchir à deux fois avant de prendre l'avion, ou d'être tenté de voler l'histoire d'un autre. Entre là Quatrième Dimension et la folie, King a parfaitement su associer les deux en un cocktail délectable à souhait. La première nous met en garde contre ceux qui nous racontent des histoires pour mieux jouer avec nos peurs, la seconde que voler l'histoire d'autrui se paye cash. La seconde m'a beaucoup plue, car j'ai moi-même failli être victime d'un vol assumé de mes travaux écrits, par quelqu'un qui pensait que ce n'était pas la mer à boire, qu'elle les modifient et les mettent en ligne sans mon accord. Inutile de vous dire qu'elle s'en mord les doigts, aujourd'hui.
Perso je relis des nouvelles des années 70 à 90 (la meilleure période donc) et y'en a une, je crois que c'est celle entre toutes qui me fait vraiment le plus flipper, c'est "L'Excursion" (The Jaunt en VO) du recueil Brume/Skeleton Crew :shinobu1
Pourtant on est pas vraiment dans l'horreur à proprement parler (à part la fin...), mais conceptuellement et psychologiquement, ça fout bien les jetons. On est plusieurs siècles dans le futur, une époque ou la téléportation est devenu un moyen de transport aussi commun que l'avion (et a permis de coloniser les autres planètes du système solaire, au passage), mais y'a un impératif:
Spoiler
Il faut être anesthésié pour faire le voyage. Parce que si pour le corps, l'arrivée est instantanée, un esprit réveillé peut rester coincé, et ce pendant une durée avoisinant les milliards d'années, où tu te retrouves seul avec ton cerveau dans l'immensité du néant, à rien pouvoir faire d'autre que te faire tartir (https://forum-images.hardware.fr/images/perso/shlavos.gif)
Du coup, quand l'esprit rejoint finalement le corps dans le monde réel, soit tu deviens dingue, soit tu clamses d'une crise cardiaque, soit plus vraisemblablement les deux (https://simpsonspark.com/framegrabs/9f04/thumbs/frame170.jpg) Mais alors le truc que je trouve encore plus flippant, c'est qu'à un moment dans la nouvelle y'a un type qui balance exprès sa femme dans un téléporteur, sans l'anesthésier évidemment, et en plus sans programmer de point de sortie (donc le corps arrivera jamais à destination, en gros)... T'imagines la pauvre femme condamnée à l'Another Dimension éternelle (au moins l'AD, j'imagine qu'au bout d'un moment tu finis par claquer de faim et de soif, mais là...) (http://www.icavalieridellozodiaco.net/archivi/Shots/Epi45/thumbnails/thumb_cap189.jpg)
Le Bazar Des Mauvais Rêves:
À travers ce recueil d'histoires, Stephen King nous donne un aperçu de son mode créatif, à sa méthode pour retranscrire les histoires qui viennent à lui. À ma stupéfaction, je me suis rendue compte que nos approches vis-à-vis de nos univers, se ressemblaient beaucoup: la plupart du temps, King voit ses intrigues se dérouler comme un film à travers un rêve, et s'ancrent également dans notre réalité, à travers de situations vécues. Ce qui se perçoit clairement à la lecture, et ne rend le conteur qu'encore plus attachant.
Un côté « Contes De La Crypte », pour les nostalgiques de la série, où l'amoralité est montrée du doigt, sans être nommée, avec une précision magistrale. King est définitivement plus à l'aise à raconter des histoires individuelles, que des histoires plus longues, nous permettant de mieux embrasser, au fur et à mesure, toute sa palette de couleurs.
Bien que j'ai aimé toutes les histoires dans leur globalité, ma préférence est allée à la dernière, « Cookie Jar »: elle rappelle que sous la douceur et la saveur d'un biscuit bien moelleux, toute l'amertume dont la nature humaine peut être capable envers son prochain, peut toujours remonter à la surface, si nous n'y prenons pas garde. Une histoire aussi savoureuse que salutaire, comme Stephen King sait si bien les confectionner.
Baazar:
J'ai énormément apprécié la lecture de ce roman, qui démontre encore une fois, qu'une menace peut prendre sa source au sein d'une communauté, à la suite de l'arrivée d'un nouvel habitant. Un fait qui est toujours d'actualité, car n'importe quelle communauté, qu'elle soit réelle, ou virtuelle, voire les deux, peut se voir prise d'assaut par un inconnu au bataillon, de la manière la plus sournoise qui soit.
Se faisant passer pour un modeste commerçant, Leland Gaunt, vient vendre aux citoyens de Castle Rock, ce qu'ils ont toujours vraiment voulu, du moins, en le leur faisant croire: pour ce qu'ils ont acheté soit bien à eux, il les poussent à se jouer de très mauvais tours aux uns et aux autres, avec des missives injurieuses à l'appui. Déclenchant ainsi une zizanie parmi ces derniers, qui basculent dans une guerre généralisée entre amis et connaissances, collègues et voisins, policiers et citoyens. Briser des couples ne le rebute pas, jusqu'à ce que l'amour unissant Alan Pangborn et Polly Chalmers, lui donne la preuve que le véritable amour peut tenir tête, et venir à bout de n'importe quelle monstruosité.
Leland Gaunt m'a rappelé, par certains côtés, ces individus qui ont la haine les autres, et qui souhaitent les rendre aussi malheureux qu'eux, pour se sentir moins seuls. Ce qui trahit une pensée égoïste, magistralement comprise par Alan, lors de leur ultime confrontation, Gaunt ayant tout fait pour éviter de le rencontrer, afin de mener sa mission malfaisante à bien. Il savait qu'Alan ferait tout pour l'arrêter, et c'est ce qui s'est passé.
En lui confisquant sa valise contenant les âmes qu'il avait trompé sans scrupules, qu'il avait récolté telle une vulgaire liste de courses, Alan avait mis au jour que pour Gaunt, la vie d'autrui ne valait pas un clou, tant qu'elle ignorait ce qu'était la souffrance.
Le genre de cadeau que nous préférons tous nous en passer.
J'ai bien aimé les histoires de Stephen King que j'ai lues, globalement.
De mémoire j'ai lu :
- Ça
- Marche ou Crève
- Misery
- La Ligne Verte
- Christine
- Le Fléau
- Simetierre
- Salem
- Bazaar
- Dead Zone
- Les Tommyknockers
- La Part des Ténèbres
- Dolores Claiborne
- Sac d'Os
- Shining
Si je devais faire un reproche à cet auteur, il se situerait dans ce passage que tu décris bien :
Citationlui donne la preuve que le véritable amour peut tenir tête, et venir à bout de n'importe quelle monstruosité.
Une certaine naïveté en somme. :violon1
Ça transparaît aussi énormément dans Le Fléau, qui pourtant démarre de façon vraiment lugubre, et introduit le personnage de Randall Flagg. J'aurais préféré que ça ne tourne pas en mode "Le Bien Contre Le Mal", parfois j'aime bien que ça glisse lentement mais sûrement vers le désespoir.
Et puis sur une note un peu HS, par rapport au titre du topic, chacun ses préférences bien sûr ; mais si pour moi Stephen King c'est le Chevalier Cristal, HP Lovecraft c'est Camus :o
Je ne sais pas si c'est le seul, mais Carrie correspond bien à quelque chose de plus sombre. Si tu as vu seulement le(s) films, le roman est à lire quand même.
Je ferai bientôt un retour dessus.
Je lisais beaucoup Stephen King quand j'étais au lycée.
De bons souvenirs de lecture, bien qu'après coup je trouve trop longs la plupart de ses romans.
Je n ai lu qu un Stephen King plus jeune mais il m a suffisamment traumatisé pour que j enferme une peluche dans un placard sous une tonne de jouet scellé a jamais telle Poseidon dans son urne dans le MBW.
Une histoire avec singe jouet maudit, lorsque ses timbales sonnait, un meurtre avait lieu..... :onionsweat
Je l aimais pas ce jouet.... :onionno
Moi ce sont les clowns que je déteste.
La Part Des Ténèbres:
Ce roman de King m'avait intrigué, ayant de très vagues souvenirs de l'adaptation cinématographique de ce dernier, contrairement à celle de Christine, que j'avais vu enfant.
Au fil de ma lecture, l'auteur soulève plusieurs thèmes intéressants: le premier que l'inspiration a toujours un prix, surtout si nous ne faisons pas preuve de circonspection, aux idées qui nous viennent, si ces dernières flirtent avec l'immoralité la plus totale.
Le fantôme de George Stark, frère jumeau de Thad Beaumont, s'adonne à un carnage en règle dans l'entourage de Thad, suite au simulacre de ses obsèques, étant considéré comme un être irréel, de papier. Au-delà du massacre, George veut échanger sa place avec celle de son frère, alors qu'il n'a rien à faire dans notre réalité, qu'il n'y appartient pas du tout.
Ce détail a son importance, car cette usurpation de vie, au sens propre comme au figuré, nous rappelle que c'est nous qui détenons le pouvoir sur ce que nous souhaitons laisser comme trace de notre passage sur cette terre, et non une tierce personne qui voudrait décider à notre place, en faisant fi de notre libre arbitre. Que cela soit à travers une trace écrite, ou des actions.
Le point culminant reste la destruction finale de Stark, emporté par un immense nuage de moineaux. J'ai revu alors la séquence du squelette tournoyant de celui-ci, avant de franchir la fenêtre, et de disparaître, dans la dernière scène de l'adaptation cinématographique du livre. Cette image m'avait hanté pendant des années, et suite à ma lecture, elle a complètement disparue de ma mémoire.
George Stark a repris avec lui, toutes les idées noires qu'il avait inspiré à son frère, autrefois. Autrement dit, sa propre histoire, avec laquelle Thad a clairement fait savoir qu'il ne voulait plus rien à faire avec cette dernière, et écrire ce qu'il voulait vraiment, en reprenant le contrôle de sa vie et de son inspiration. Son histoire, la sienne.