Débat l'Odyssée, Nolan, Wokisme etc...

Démarré par Garrincha, Samedi 30 Mai 2026, 11:52

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Kodeni

L'Odyssée

J'ai vraiment passé un bon moment, où les presque 3h ont défilé sans que je ne me demande une seule fois quelle heure il était.
On a le droit à un décor gris et un thème sonore lourd qui rendent l'ambiance pesante. Cela démontre à merveille le poids des années qui séparent Ulysse de sa demeure.
Cette "visite" d'un autre monde par Ulysse et ses hommes est déconcertante. Je me suis mis à imaginer quelle serait ma réaction à chaque "découverte/obstacle" rencontré. C'est hallucinant.
Certes on ne suit pas tout ce que le mythe évoque (exemple du passage chez Circé) mais le global du récit est respecté. D'ailleurs, la mise en scène chez Circé est parfaite. Le malaise est prenant.
Pour le reste, mon seul regret sera les scènes d'action. Très brouillonne je trouve, notamment les duels. J'ai eu du mal à lire les chorégraphies des corps à corps et c'est regrettable pour moi qui aime les films d'action.
Sinon, ça demeure un excellent film.
Pourquoi ne sommes nous pas immortels ? La menace qui plane sur le monde l'est bien elle !

Exar Kun

Citation de: Fuu-chan le Dimanche 26 Juillet 2026, 16:26Pour ce qui me concerne, les scènes chez Circé sont incroyablement fortes. C'est juste horrible et atroce, mais pas gore. Pour moi, c'est bien plus fort que s'il y avait eu du sang, des os, et des restes humains partout. Les sentiments d'horreur impuissante, de rejet et de dégoût qui étouffent la scène étaient d'une force incroyable.

Fuu-chan.

C'est ça. J'ai plus eu un sentiment d'écoeurerment qu'autre chose.

J'ai revu le film une seconde fois, car j'étais assez perplexe au premier visionnage. Avec le deuxième et du recul, ce fut un grand film qui transporte bel et bien le spectateur tant au sein de l'aventure que dans la psyché d'Ulysse.

Et argos ... Toujours aussi  :shinobu1

Weldar

Alors, est-ce que L'Odyssée de Nolan, c'est wokepawoke?

Le wokisme est de ma part, un vilain terme, qui est plus d'une sonorité négative (la démarche politique qui l'emporte sur la démarche artistique d'une oeuvre), on va plutôt dire, est-ce que le film est moderne?

Eh bien, oui, il l'est totalement, mais le film s'en assume dans sa démarche créative que les armures anachroniques ou les Helen blackwashing sont un détail.


L'Odyssée est une chouette réinterprétation du poème de Homère, certes à la sauce Nolan hollywoodienne d'aujourd'hui, mais qui permet de donner une identité à cette énième adaptation du récit épique (on a bien eu une adaptation italienne il y a un an avec Ralph Fiennes en Ulysse).

J'ai honnêtement pas vu le temps passé, malgré les scènes à Troy qui étaient parfois un peu longues pour rien.
Le matériau d'origine est riche en péripéties ce qui permettait à son adaptation de l'être tout autant pour ne pas se lasser.

J'ai beaucoup aimé la scène de transformation des cochons qui était horrible à voir, ainsi que la scène chez le cyclope. Même la scène finale contre les prétendants dont on connait l'issue, Nolan réussissait à donner une bonne hype jusqu'au moment fatidique.
Hélas, les passages chez Charbyde et Scylla sont un peu expéditifs (on voit même pas Charbyde et Scylla est à peine dévoilée... certes, le suggéré peut donner de l'imagination pour rendre la créature terrifiante, mais on connait tous l'apparence de Scylla...), le traitement de Calypso n'a rien à voir avec le récit originel que sa réinterprétation est anecdotique.

Bref, dans tous les cas, je m'attendais à un film qui ne fasse pas péplum ou mythologique, Nolan ne semble pas à l'aise d'assumer un univers fantastique qu'on allait forcément partir dans un monde hybride pseudo réaliste mais un peu fantastique.
Est-ce que les Dieux existent vraiment? Est-ce l'apparition d'Athéna est juste un délire d'Ulysse.

J'ai bien aimé de donner plus de traitement sur l'équipage d'Ulysse, pour les rendre plus humains et crédibles pour un film "actuel". De même, le focus sur Télémaque avec les prétendants dont le chef incarné par Pattinson lui donnait bien plus de personnalité que dans le récit d'origine (donc en plus d'être un connard, c'est aussi un fourbe et un lâche à la limite du ridicule).
Néanmoins, j'ai un peu rigolé avec les échos que j'ai eu sur le marketing où le film serait plus féministe (Lupita qui disait que Homère était sexiste haha...), alors... euh... Athéna qui sert à rien dans le film. Circé qui devient une chômeuse féministe de 50 ans un peu vénère qui se calme dès qu'Ulysse lui balance "non mais il y a des hommes sympa dans la vie" "oh désolé, voilà, je les retransforme en humain". Calypso qu'on enlève son trait de "dominatrice sexuelle" d'Ulysse (elle devient une gentille psychiatre un peu patiente). Donc, on perd le côté femme de pouvoir, comme on ose pas mettre des personnages féminins avec un trait négatif (bon ça je mets sur le fait que Hollywood est toujours traumatisé par MeToo et que c'est vraiment pas moderne d'avoir des personnages féminins qui ne soient pas "inspirant").

C'est d'ailleurs dommage qu'on enlève cet aspect de l'histoire de Circé où elle devient l'amante d'Ulysse pendant un an (et qu'elle a eu un enfant par la suite).

Si on devait parler de modernité (ou wokisme), ce serait plus d'évoquer une façon d'édulcorer l'oeuvre d'origine. Cela dit, ce serait malhonnête vu que j'ai bien aimé la tournure du récit en mettant plus en avant que la guerre de Troy fut une abomination humaine et que ça a transformé le monde. J'ai bien aimé le twist où on parle de la crainte de l'arrivée du peuple de la Mer qui va tout détruire et que c'était en fait Ulysse et ses compagnons. On comprend aussi que la morale c'est que laguerrecpabien vous me voyez, pas forcément subtile, mais cela permet de donner un autre sens dans cette adaptation de Nolan.


Hormis ces petits détails, s'il y a bien un point qui m'a agacé dans le film, ce sont les dialogues.
Entendre des "fuck off" "where is your daddy", ça a tendance à me sortir de la crédibilité de l'univers. Autant je dis rien sur une Lupita en Hélène de Troy, car elle incarne ce monde anachronique plutôt volontaire chez Nolan (et son foutu filtre gris dans l'esthétique du film), autant les dialogues, il y a vraiment des fois, j'ai envie de baffer les scénaristes. On a parfois l'impression que Nolan détestait l'idée de faire un péplum, qu'il devait en faire une sorte de parodie moderne un peu réaliste, un peu noir, un peu gris, avec un Ulysse tourmenté.

Effectivement, ça reste dans la démarche artistique du film, mais je ne cache pas que je préfère la version avec Kirk Douglas qui me fera plus penser à de la "vraie mythologie grec" dans son esthétique que le film de Nolan. Ça en revient un peu à ses Batman: on vire tout élément surnaturel et fantastique pour être plus dans un film réaliste "noir".


Ah...et pour l'autre point polémique qui était Elliot Page: là j'ai souri quand on apprenait qu'il incarnait juste "Sinon" (et non Achille), qui a une certaine importance dans l'histoire du personnage de Pattinson même si Sinon on le voit 4 minutes (haha). Alors, à titre personnel, que l'acteur soit trans ou pas, cela concerne sa vie privé et ça n'a pas d'importance dans les personnages qu'il joue (exception pour Umbrella Academy que j'ai détesté, mais bon, j'imagine que les producteurs avaient le cul entre deux chaises : ne pas changer le genre du personnage = transphobe; le recaster = transphobe... mais bon, je ne crois plus au mythe qu'un acteur doit savoir tout jouer  :))  ), maaaaais... avec son petit gabarit, il était pas non plus très crédible en soldat.

hugo

Ben l'idée est justement que le personnage n'avait rien à faire à la guerre, et ce dès sa sélection initiale qui d'ailleurs était grugée de bout en bout.

C'est la mauvaise conscience d'Ulysse : un gosse qui n'avait rien à faire là, qu'il avait juré de protéger et dont il assiste à la mort après lui avoir menti.
- "Pourquoi rejetez-vous les ténèbres ?"
- "Nous ne les refusons pas.
Nous vivons plongés dans les ténèbres.
Et c'est pourquoi... nous faisons briller nos lumières !"

Weldar

Ah, c'est vrai, tu as raison!
Dans ce sens, on peut voir la chose ainsi (même si j'ai pas souvenir qu'on mettait en avant son aspect chétif).

Byaku

Citation de: Weldar le Mercredi 29 Juillet 2026, 16:05Calypso qu'on enlève son trait de "dominatrice sexuelle" d'Ulysse (elle devient une gentille psychiatre un peu patiente).


La barre de rire  :))  :))  :))

Tu as fait ma journée  :onionlol
La plus grande tragédie de la vie, n'est pas la mort... mais ce qui meurt en nous, tandis que nous vivons...

Samantha Rosenwood

#86
Après moult péripéties, j'ai enfin réussi à voir L'Odyssée, alors que j'étais persuadée d'avoir raté le bateau, et d'être à jamais condamné à rester à quai. Il y avait une séance à cinq heures à mon cinéma, et l'ouvreuse faisait l'appel pour ceux qui y assistaient. Dans mon empressement en entrant dans la salle, j'en avais froissé mon ticket.

J'avais acheté un paquet de bonbons Batna, et si au début du film, j'en avais mangé au compte-goutte, dès que les ennuis ont commencé pour Ulysse et ses compagnons, je les avais vite oubliés. Au point qu'ils ont fini presque aplatis, à la fin du voyage.

Les guerres soulignent souvent la fin d'une époque, et qu'une autre est appelée à naître, à travers le souhait de Télémaque de connaître qui était son père, avant d'enfin pouvoir le rencontrer. Pénélope en est elle-même consciente, mais elle ne lâche rien. Elle fait preuve d'une poigne et d'un courage, faisant écho à celui de son mari, sur le chemin du retour. Bravo à Anne Hathaway. 

Je ne juge pas Ulysse, je le comprends: les guerres usent les corps et les esprits, et vous vous voyez faire des choix, que vous n'auriez certainement pas fait dans un autre contexte. Il était désabusé, voire écœuré, par tout ce qu'il voyait, et endurait. Il avait pris la décision de prendre une route différente d'Agammenon pour rentrer, et il s'en était mordu les doigts. Ce qui devait être un paisible voyage de découvertes de mondes merveilleux, s'était transformé en cauchemar. On l'avait mis en garde, et il n'en avait tenu aucun compte, jusqu'à ce qu'il se retrouvât tout seul, aux soins de Calypso.

La loi même de l'hospitalité, ou Loi De Zeus, s'était révélée bafouée à plus d'un titre: d'abord lors de la mise à sac de Troie, où les Grecs étaient entrés grâce au fameux cheval de bois, et ensuite sous le propre toit d'Ulysse lui-même. Ceux qu'il avait souhaité épargner la guerre de Troie, avaient pris leurs aises, quitte à envoyer un autre à leur place, comme dans le cas d'Antinoos. La performance de Robert Pattinson rend ce personnage à vomir à souhait, je n'avais qu'aucune envie de lui demander l'heure, ou de le croiser dans un couloir.

Ce qui rend le destin de Sinon encore plus cruel, injuste, et tragique à la fois. D'où quand Ulysse rendit à Antinoos la monnaie de sa pièce, tenant sa promesse, on peut comprendre que quand on avait traversé ce qu'il avait dû traverser, avoir vu mourir tous ceux qu'il connaissait, et voir ce petit merdeux se prendre pour le Roi Du Monde, ait été la goutte qui avait fait déborder le vase.

La métamorphose des compagnons d'Ulysse en cochons par Circé, est spectaculaire: elle pétri, retravaille les chairs et les os, pour leurs donner la forme qu'elle souhaite. C'est une femme qui certainement avait dû en voir, et avoir également son lot de déceptions. Il y a une note d'amertume, et de tristesse, chez elle. De voir les hommes de son époque pour ce qu'ils sont: plus proches des bêtes, que de ce qui fait de vous un être humain.

Et puis, l'autre séquence qui m'avait émue, c'est celle aux Pays Des Morts. Terre noire et brumeuse, on sent bien que ce n'est pas la place des vivants d'être là. Jusqu'à ce que j'entendis la voix de Tirésias. Une voix familière, celle de Guy Chapelier. Il avait très bien su faire ressortir l'humanité et la sagesse de ce personnage, pourtant censé être de l'Autre Côté, et que la séquence fut courte.

Toutefois, cet aperçu de l'Hadès dévoilait que selon que l'on fut enterré décemment ou non, les morts vous demandaient des comptes, et l'amabilité n'était pas la même. D'où l'importance de respecter les rites, et de pas laisser vos pairs sans sépulture, si vous ne voulez pas plus tard que votre conscience vous torture.

J'ai aimé ce voyage, à travers les épreuves d'Ulysse, à qui Matt Damon avait su rendre justice.
Un homme imparfait, certes, mais si humain à travers ses joies et ses chutes. Exactement comme nous.
« Yanagi Ni Kazé » - Proverbe Japonais
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